lundi 3 septembre 2018

Camargue requiem - Partie 1 : L’aventure des chantiers bénévoles de la réserve

Il est 23h. La nuit noire est déchirée par des éclairs diffus, le tonnerre gronde au loin. Derrière mon volant, je ne peux réprimer un sourire : cinq ans après ma dernière visite, c’est la Camargue qui m’accueille, à sa façon !




L’aventure dans laquelle je m’embarque est bien différente de la dernière fois. S’il fallait être VIP pour participer au baguage des jeunes flamants, dont je vous contais le récit à l’époque, tout le monde est cette fois invité, et même encouragé, à participer à ces vacances améliorées et utiles que sont les chantiers bénévoles !

En Camargue, la SNPN (Société nationale de protection de la nature) organise chaque année des chantiers ouverts à ses adhérents au cours desquels les bénévoles s’attèlent à différents travaux. Le descriptif est succinct, mais difficile d’y résister : deux semaines au cœur de la réserve, des matinées de travail pour des après-midis de découvertes de la région à travers de multiples activités, un logement en gîte avec les autres bénévoles… tout ça pour une quarantaine d’euros d’adhésion et frais de dossier, trente pour les étudiants ! En termes de vacances utiles, on ne fait pas mieux. C’est donc sans savoir exactement à quoi m’attendre que je suis repartie sur ces terres déjà chargées de mes souvenirs de jeunesse.

Lundi matin, 8h30. J’arrive au gîte de Salin de Badon. Je découvre une grande bâtisse perdue en pleine campagne. Quelques bénévoles sont arrivés la veille, on sympathise rapidement. On sera une dizaine à vivre ici pour les deux prochaines semaines. Les encadrants arrivent également, des personnes qui travaillent sur place toute l’année. Le briefing nous met rapidement dans l’ambiance : décontractée ! Pas de chichis, on se tutoie, les blagues sont de rigueurs.




Le gîte de Salin de Badon, lieu de vie des bénévoles


Le dur labeur des bénévoles


Le soleil tape déjà très fort – canicule oblige – quand nous partons sur le terrain. Au programme, pose de ganivelles le long des chemins de la réserve. Il s’agit de dissuader les promeneurs d’aller piétiner la flore si typique des milieux humides camarguais. La salicorne, c’est sacré ! Le travail est physique, on creuse des trous avec des gravières, on plante des piquets, on les encoche pour y poser des renforts, on déroule les ganivelles que l’on attache solidement au tout après leur avoir donné de bons coups de masse… La récompense après quelques heures : la plage, au bout du chemin ! A peine les outils posés, on s’y précipite tous de bon cœur. Je profite du chemin du retour pour enliser la voiture de la réserve dans le sable. Sinon on aurait pu s’ennuyer !

Ganivelles en cours de montage au cœur de la réserve, à quelques pas du phare de la Gacholle


Si les ganivelles nous occupent une bonne partie du séjour, plusieurs matinées sont consacrées à d’autres travaux. Celui qui nous laissera le plus vif souvenir, c’est sans doute l’arrachage de la jussie. En dépit de son nom flatteur, référence au botaniste français Bernard de Jussieu, cette plante aquatique du genre Ludwigia est un fléau. Envahissante, elle se multiplie rapidement et jusqu’à envahir littéralement les zones aquatiques. Pour s’en débarrasser, il faut se jeter à l’eau. Munis de wadders (vous savez, ces grandes bottes qui montent jusque sous les bras et qui ont le don de vous dépouiller instantanément de toute grâce), appuyés sur une barque (même pas pour nous la barque ! c’est pour y mettre la jussie !), nous pénétrons dans la roubine. Qui n’a pas été dans une roubine ne peut pas comprendre… Il s’agit d’un petit canal, environ 2m de large, dont l’eau est pour ainsi dire stagnante. D’ailleurs, il n’est rempli qu’à 40% d’eau (partie haute), les 60% restant étant constitués de vase. Vase qui fait des bulles quand on marche dedans. Du moins quand on tente de marcher, car sitôt le pied posé, celui-ci est immédiatement capturé par la chose, emprisonné avec une force insoupçonnée. Force est d’avouer, au début, on panique ! Tout plantés que l’on est au milieu de la roubine, on voit déjà nos dernières heures arriver par une noyade inévitable dans une eau fétide. Ha oui, je n’ai pas précisé, les bulles qui sortent de la vase, ce ne sont pas des bulles de savon parfumées à la rose. Non, non. C’est autre chose. Tu mémorises le truc le plus puant que tu aies senti ? C’est pire. Bref, passé le cap de la panique et du dégoût, on y prend goût ! Hop on arrache des poignées de plantes, on te balance ça dans la barque, on se prend au passage des éclaboussures de vase (les racines sont profondes !), on en a plein les cheveux, plein le visage… Avantage n°1 : c’est finalement très drôle ! Avantage n°2 : quand on se prend l’averse du siècle sur la tête juste après être sortis de la roubine, on est contents d’être rincés !


L'impitoyable jussie ! (Crédits : Philweb)


Dernier grand chantier auquel nous avons participé : la création d’un observatoire, une plateforme située le long de la route et depuis laquelle les curieux pourront observer la magnifique faune du plus vaste étang de Camargue : le Vaccarès. Avec ses 12 km de long et ses 6 500 hectares, il constitue un lieu incontournable pour nombre d’oiseaux, y compris les flamants roses. Un des grands avantages des chantiers bénévoles à mon sens réside dans la façon dont sont considérés les bénévoles. Si nous venons apporter nos petites mains, nous repartons aussi avec de l’expérience en plus. Les encadrants ont en effet à cœur de nous faire tester par nous même les outils, les techniques, même si ça veut parfois dire perdre un peu de temps. Un stage de bricolage pour débutants !


N'est-il pas magnifique notre observatoire ?
Il manque encore la rampe d'accès et les barrières de sécurité et il sera parfait !


Après l’effort, le réconfort !


Pendant les chantiers, les bénévoles ne travaillent que le matin. Ce qui laisse pas mal de temps pour vaquer à d’autres occupations. Manger par exemple ! Le gîte est fourni, mais les bénévoles s’occupent de leur popotte. On s’organise comme en colonie : des menus prévus à l’avance, des courses pour tout le monde et un planning pour la semaine avec des commis de cuisine et de vaisselle pour chaque jour. Le temps de rentrer du terrain, de cuisiner et de manger, il est souvent 15h passé. Rebelotte pour le soir avec des diners aux alentours de 22h ! Horaires de vacances en somme. Il faut dire que s’il n’y avait pas un réveil le matin, on s’y croirait…

Plusieurs activités sont prévues par la SNPN, et offertes aux bénévoles. Au programme, une visite d’Arles et ses monuments accompagnés par une guide rien que pour nous, une balade à cheval version camarguaise (cheval camarguais, selle camarguaise, paysages camarguais au milieu de taureaux camarguais), la visite d’une expo naturaliste à la Capelière (le centre d’informations de la SNPN) et une sortie naturaliste pour observer les oiseaux. Sans compter les activités qu’on s’organise nous-même : marché à Arles, après-midi plage, joutes nautiques, courses camarguaises dans les arènes, et bien sûr des balades dans la réserve. Le gîte constitue le point de départ de trois sentiers naturalistes agrémentés d’observatoires, autant dire qu’il y a de quoi profiter ! Pour les mordus d’ornithologie comme pour les amoureux des petites bêtes, la Camargue c’est un peu le paradis. Je vous en donnerai un petit aperçu dans mon prochain article !


A cheval, nous voyons arriver le troupeau de taureaux. Pas peur !


Au bout d'un chemin accessible depuis notre gîte, un observatoire


Les deux semaines sont trop vite écoulées, et il est déjà temps de repartir. Bronzés, musclés, les poumons remplis d’air frais, l’appareil photo bien garni et des souvenirs plein la tête, on se dit qu’on reviendrait bien l’année prochaine pour remettre ça !





Quelques prérequis indispensables si vous souhaitez vous lancer l’année prochaine :

  • Il est préférable d’aimer la nature. Toute la nature. Y compris les moustiques, les taons, ou encore les chauves-souris dont le niveau sonore est inversement proportionnel à leur taille et qui ont élu domicile derrière les volets des chambres…
  • Il faut savoir se satisfaire du nécessaire. Un peu d’eau fraiche… seulement si on n’a pas oublié de remplir les bidons avec de l’eau potable, à quelques kilomètres du gîte ! Internet, le réseau téléphonique et toutes ces autres futilités, c’est au petit bonheur la chance. 
  • Ne pas avoir peur de se salir. Et accepter de ne pas sentir la rose après la douche. L’eau courante vient de la roubine, celle-là même dont je parlais plus haut (en témoigne son odeur ! N’essayez pas de vous rincer la bouche avec après vous être lavé les dents ! Regrets immédiats…), mais l’odeur s’équilibre bien avec celle du savon en général. 
  • Aimer les gens. Eh bien oui, même si on est à des kilomètres de la ville la plus proche, il va bien falloir supporter les autres bénévoles. Y compris leurs ronchonnements au réveil, leur réticence à faire la vaisselle, leurs préférences alimentaires qui contraignent les menus, et leur humour qui varie à mesure que le soleil tape ! 
  • Ne pas craindre les grands espaces. La Camargue, c’est immense, et très plat. Vision panoramique garantie à des kilomètres à la ronde, de quoi se sentir tout petit !


Les risques à accepter si vous décidez quand même de vous lancer :

  • Gros risque d’émerveillement quant à la foisonnante biodiversité de la Camargue et ses paysages magnifiques. Sensation immédiate de liberté au milieu de ces espaces immenses. Des oiseaux et des insectes à n’en plus savoir donner de la tête. Retour difficile en perspective
  • Changements physiques à prévoir : risque certain de revenir avec une surcharge musculaire et une légère coloration dorée de la peau (un conseil pour bien s’en rendre compte : prévoir de porter le même short plusieurs jours d’affilé les jours de grand beau temps. Effet jambes bicolores garanti !)
  • Des fous-rires pour des broutilles (le soleil tape !), de la bonne humeur, des rencontres avec des personnes passionnées, du partage entre les bénévoles venus de tous horizons… Il y a le risque d’apprendre à cuisiner de l’houmous ou de la ratatouille, de découvrir des styles de musique dont tu ne soupçonnais pas l’existence, d’échanger des astuces et bons plans sur un tas de choses…
  • L’envie irrépressible de remettre ça pour une nouvelle année !



Pour plus d’informations :




Sophie Labaude

mercredi 4 avril 2018

Des parasites sous le sapin : deux livres à dévorer

Nous autres, blogueurs scientifiques, avons à cœur de partager des sujets qui nous passionnent mais qui apparaissent parfois au grand public comme ennuyeux, compliqués, voir peu ragoutants. Notre outil : la vulgarisation ! Ou l’art de rendre ces sujets ludiques, amusants et divertissants, en diffusant nos connaissances sans que ça n’en ait l’air. Mais parfois, on croise des petites œuvres de vulgarisation qui racontent si bien des sujets qui nous tiennent à cœur qu’on a juste envie de les partager tels quels. C’est le cas de ce petit livre que j’ai déniché à la bibliothèque : « La vie rêvée des morpions et autres histoires de parasites ». Forcément, un livre qui parle de parasites, il fallait que je l’ouvre.

Quoi de moins répugnant que des parasites suceurs de sang, des morpions qui grattent là où c’est indécent de se gratter, ou des vers solitaires qui squattent nos entrailles ? Pourtant l’auteur nous mitraille de petites anecdotes désopilantes et parfois stupéfiantes. De quoi voir notre condition d’être humain avec un peu plus d’humilité. Car il se pourrait bien que les parasites et autres petites bêtes soient bien plus liés aux humains et à leur histoire qu’on ne l’admet.

Par exemple, la perte des poils de nos ancêtres n’était-elle pas un prétexte de l’évolution pour nous débarrasser d’une myriade de squatteurs ? Certains grands conflits historiques n’auraient-ils pas eu une issue différente si une des armées n’avait pas été décimée par des parasites ? Saviez-vous que le surnom « Peaux-Rouges » des Indiens d’Amériques doit son origine aux moustiques ? Ou que la mode des selfies… aide à la propagation des poux ? Entres autres histoires de fourmis esclavagistes ou moustiques raquetteurs, ce livre permet à petits et grands d’apprendre un tas de choses sur ce monde formidable des parasites, de manière très accessible et illustré avec brio.



Pour les plus grands, un autre livre lui aussi paru cette année permet de découvrir avec délice mes parasites préférés, les parasites manipulateurs. Le livre « This is your brain on parasites » est déjà listé comme best-seller par une célèbre plateforme de vente en ligne. L’auteur ne s’est pas contenté de résumer les connaissances sur le sujet, elle a passé plusieurs années à préparer l’ouvrage, rencontrant beaucoup de chercheurs du domaine. Le livre a du coup une grande dimension humaine, avec l’histoire des découvertes de ces êtres étranges et des portraits plein de vie de ceux qui y ont contribué. Les faits scientifiques sont racontés avec une légèreté et un style qui n’enlèvent rien à leur exactitude.

L’auteur nous dévoile enfin la vérité, toute la vérité sur Toxoplasma gondii, ce parasite supposé nous faire aimer les chats, à grand renfort de références. Elle nous présente de nombreuses maladies sous un jour nouveau : parasites et pathogènes ne sont plus agents passifs déclencheurs de calomnies mais acteurs usant de stratégies subtiles et élaborées. Et surtout elle rétablie la place des parasites dans les écosystèmes naturels… et dans nos sociétés humaines. En décrivant leurs effets innombrables, on peut enfin toucher du doigt l’importance insoupçonnée de leur présence. Une importance qui fait frissonner.

L’ouvrage n’est pour l’instant disponible qu’en anglais, mais pour ceux qui comprennent la langue il reste très facile à lire puisqu’il vise le grand public. Il fait partie de ces livres qui font un peu peur au premier abord – de la science, un petit pavé et pas d’images – et qui se dévorent avant que l’on puisse s’en rendre compte. De l’humour, des anecdotes à croquer un peu partout, des faits qui nous laissent sans voix… En bref, si vous n’avez pas encore fini votre liste de noël, vous savez quoi ajouter !


Références


« La vie rêvée des morpions : Et autres histoires de parasites » de Marc Giraud (Auteur), Roland Garrigue (Illustrations). Edition Delachaux et Niestlé, Collection : L'humour est dans le pré. 2016.

« This is your brain on parasites: How tiny creatures manipulate our behavior and shape society », de Kathleen McAuliffe. Edition Houghton Mifflin Harcourt. 2016.



mardi 6 mars 2018

Un zèbre en panique vaut mieux qu’un impala aux abois

Écouter les conversations des autres peut apporter tout un tas d’informations aux intérêts très variables. L’évocation des dernières péripéties du bambin de votre collègue ne vous passionne pas assez pour vous distraire. Pourtant, vous tendez une oreille discrète lorsqu’il dévoile un bon plan gastronomique ou shopping. Et vous vous mettez à travailler frénétiquement, non sans une certaine panique, lorsque vous l’entendez chuchoter à son voisin que le grand patron pas commode arrive.

Crédit photo : Adam Tusk
 
Écouter des conversations qui ne nous sont pas directement destinées n’est pas l’apanage des humains. Dans la nature, les êtres vivants (animaux, mais aussi plantes, bactéries, etc.) utilisent largement les signaux d’autres individus, et même d’autres espèces, pour se renseigner mine de rien sur leur environnement, et particulièrement sur les dangers potentiels qui les guettent. C’est d’ailleurs une stratégie anti-prédateurs particulièrement efficace : des individus d’espèces différentes vivent à proximité les uns des autres et bénéficient ainsi de la vigilance de tous. Qu’un individu décèle une menace et il lancera illico des cris d’alerte enjoignant les autres à déguerpir. Par exemple, les macaques à bonnet (Macaca radiata) en Inde sont capables de reconnaitre les cris d’alarme des petits cervidés sambars (Cervus unicolor). De même, les marmottes à ventre jaune (Marmota flaviventris) en Amérique du Nord sont attentives à ce qui effraie les écureuils Callospermophilus lateralis, et vice-versa.

En Afrique, les grands herbivores se baladent souvent en groupes. Zèbres, buffles, éléphants, gnous, gazelles et antilopes bénéficient ainsi d’une protection anti-prédateurs, se fondant dans la masse et usant de centaines de pairs d’yeux vigilants. En comptant en plus les oiseaux et les petits mammifères, ça en fait du monde susceptible de détecter une menace. Aussi, pour ne pas passer son temps à fuir au risque de ne plus se nourrir, écouter tous ses voisins n’est pas la meilleure idée. Si vous étiez un zèbre, devriez-vous vous soucier de ce qui fait peur aux campagnols ? A priori, les prédateurs de certaines proies sont peu enclins à en attaquer d’autres, particulièrement en fonction de leur taille. D’où l’hypothèse selon laquelle les animaux devraient d’avantage réagir aux cris d’alarme d’espèces ayant des prédateurs similaires. Pour tester cette hypothèse, rien de tel qu’un petit voyage en Afrique du Sud !


Les réactions des zèbres, gnous et impalas face à des cris d’alarme ont été étudiées (Crédits : resp. Lynn Greyling, Steve Evans et Anna Langova).


Une équipe de scientifiques a décidé de plancher sur trois espèces : des impalas (Aepyceros melampus), des zèbres (Equus quaggaet) et des gnous (Connochaetes taurinus). La première étape est de récupérer des enregistrements de cris d’alarme de chaque espèce. Plutôt que de les confronter à un vrai prédateur pour déclencher ces cris (éthique oblige !), l’équipe a alors l’idée d’utiliser une photo de lion grandeur nature, plantée sur un petit chariot lui-même tracté une trentaine de mètre derrière leur véhicule. Les enregistrements effectués, il ne reste plus qu’à les faire écouter à des groupes contenant une ou plusieurs des espèces cibles, et d’observer leurs réactions. Dans chaque groupe, trois individus sont choisis aléatoirement, à gauche, au centre et à droite du groupe, de préférence incluant au moins un mâle et une femelle. La réaction de ces individus est quantifiée : temps de réaction après la diffusion des cris d’alarme, réponse adoptée (fuite, regroupement avec les autres individus, cris d’alarme) et temps de vigilance (observation attentive de l’endroit d’où proviennent les cris et du reste de l’environnement).


Des enregistrements de cris d’alarme sont diffusés en pleine savane à des groupes contenant zèbres, impalas et/ou gnous. Photo publiée sur le blog SnapShotSerengeti


Les résultats montrent sans conteste que la réponse des herbivores dépend clairement de l’espèce qui a lancé les cris d’alarme ! Les impalas réagissent fortement à toutes les espèces, et font particulièrement confiance aux zèbres, fuyant davantage et plus rapidement. Les gnous aussi réagissent aux cris des zèbres, mais seulement en criant à leur tour. Ils montrent également une plus grande vigilance après avoir entendu des zèbres ou des individus de leur propre espèce, sans trop se soucier des cris d’impalas. Enfin, les zèbres aussi se font confiance, augmentant leur vigilance en réponse à leurs propres cris d’alarme, et dans une mesure plus faible, à ceux des deux autres espèces. 

Les impalas doivent faire face à toute une ribambelle de prédateurs : lions, panthères, guépards ou encore lycaons. Il n’est donc pas étonnant qu’ils réagissent promptement aux cris d’alarme de toutes les espèces. Au contraire, zèbres et gnous adultes ont moins à se soucier face aux plus petits des prédateurs, craignant donc essentiellement les lions. Ceci pourrait donc expliquer leur tendance à ignorer les cris d’alarme des impalas. D’autres critères entrent également en compte dans leur réaction. Les chercheurs ont notamment noté que les gnous répondaient moins s’ils n’apercevaient pas l’espèce responsable des cris (pas dupes !). Les impalas étaient sensibles à la distance qui les séparaient des enregistrements audios (et donc du prédateurs potentiel), tandis que les deux autres espèces adaptaient leur vigilance à leur environnement, se montrant plus zen dans un milieu ouvert qui offre donc peu de cachettes à un lion en chasse.

Une question demeure cependant. S’il n’est pas impossible que les animaux présentent différents cris d’alarme selon le prédateur repéré, les enregistrements audios ne concernaient ici que des réponses à des lions. Le sujet reste donc à creuser en ce qui concerne les autres prédateurs ! Ecouter les conversations des autres c’est pratique, mais le faire de manière intelligente et constructive, c’est beaucoup plus efficace !



L’équipe n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne l’utilisation d’animaux en bois grandeur nature. Ce buffle est par exemple un subterfuge pour étudier la coopération chez les lions. Pour en savoir plus, consultez ce blog : https://blog.snapshotserengeti.org/


Références

  • Palmer, M. S. & Gross, A. 2018. Eavesdropping in an African large mammal community: antipredator responses vary according to signaller reliability. Animal Behaviour, 137, 1e9.
  • Ramakrishnan, U. & Coss, R. G. 2000. Recognition of heterospecific alarm vocalizations by bonnet macaques (Macaca radiata). Journal of Comparative Psychology, 114, 3e12.
  • Shriner, W. M. 1998. Yellow-bellied marmot and golden-mantled ground squirrel responses to heterospecific alarm calls. Animal Behaviour, 55, 529e536.



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