jeudi 27 septembre 2018

Camargue requiem - Partie 2 : reportage photo d’un Eden de biodiversité

Des siècles durant, le Rhône a travaillé la terre. Épaulée par les vents méditerranéens, l’eau a peu à peu creusé, façonné les paysages à l’endroit où le fleuve et la mer se mêlent. Le sel et le soleil sont venus apporter la touche finale à ce delta unique en France, la Camargue.

Le résultat de la rencontre entre ces quatre éléments – l’eau, le vent, le soleil et le sel – ce sont des paysages uniques, typiques à la région. Une végétation adaptée aux rigueurs du climat sur cette terre si plate qu’elle paraît sans limite, et une diversité animale qui l’accompagne à couper le souffle.

La Camargue, c’est un mélange étonnant de grandes étendues d’eau et de vastes terres craquelées. Désert et milieu humide tout à la fois, ce milieu présente quelques subtilités aux espèces qui le peuplent. Dans la sansouire, vaste espace argileux tantôt inondé, tantôt asséché, la végétation a su dompter la force du mistral et la salinité du milieu. Les étangs, forts de leurs dizaines de milliers d’hectares, constituent un indiscutable Eden pour la faune aviaire : près de 400 espèces différentes d’oiseaux ont été observés en Camargue, et des espèces aussi emblématiques que les flamants roses y ont élu domicile. Les autres groupes d’animaux ne sont pas en reste : une dizaine d’espèces d’amphibiens, une quinzaine de reptiles, plus de 40 mammifères, mais surtout des milliers d’invertébrés. La Camargue, c’est le paradis des moustiques et des libellules. C’est aussi le paradis des photographes, et un sacré casse-tête pour les naturalistes en herbe qui essaient de déterminer les espèces qu’ils ont pu observer ! Si vous n’êtes toujours pas démangés par un désir d’aller fouler ces vastes contrés, voici un petit aperçu de ce que vous pourrez y observer, sans devoir vous mettre à quatre pattes ou vous armer de matériel de camouflage, juste en vous baladant, les yeux grands ouverts, prêts à être émerveillés.


Dans la famille des odonates, je voudrais…


Agrion élégant (Ischnura elegans)

Plus de 40 espèces différentes d’odonates ont été observées en Camargue. Les plus fines et délicates sont les demoiselles (ou zygoptères en jargon scientifique). Elles ont généralement les ailes repliées lorsqu’elles sont posées, contrairement à leurs cousines les libellules (ou anisoptères) qui adoptent, elles, plutôt une allure de petit hélicoptère. Les espèces photographiées ci-dessous sont parmi les plus communes de Camargue. Peu farouches, il est très facile de les observer plantées telles de petits drapeaux au sommet de la végétation.

Libellule écarlate mâle (Crocothemis erythraea)
Libellule écarlate femelle (Crocothemis erythraea)
Libellule écarlate femelle (Crocothemis erythraea)
Orthétrum réticulé femelle (Orthetrum cancellatum)
Orthétrum réticulé mâle (Orthetrum cancellatum)


En jaune et noir


Dans l’immense ordre des hyménoptères, qui regroupe guêpes, abeilles, bourdons et fourmis, il est souvent très difficile de différencier les espèces. Surtout que certains insectes d’ordres différents viennent parfois essayer de se faire passer pour des hyménoptères, à l’image de l’éristale. Cet insecte rayé jaune et noir aux allures de bourdon fait en fait partie d’un groupe de diptères bien particulier, les syrphes. Des mouches, donc ! La stratégie des quelques milliers d’espèces qui composent le groupe des syrphes est souvent de se faire passer pour des insectes plus agressifs et dangereux qu’ils ne le sont vraiment. En s’habillant tel une guêpe, ils dissuadent les prédateurs de les manger, quand bien même ils sont complètement inoffensifs.

Éristale gluante (Eristalis tenax)
Guêpe (hyménoptère), espèce indéterminée
Guêpe (hyménoptère), espèce indéterminée


Une délicate touche de bleu


Bien qu’il soit très courant sur les bords des chemins, l’argus bleu sait garder pour lui cet éclat azur si particulier de ses ailes. D’abord, seuls les mâles sont dotés de cette chatoyante couleur, tandis que les femelles arborent des ailes ocres ponctuées de tâches orange. Mais surtout, l’argus replie ses ailes dès qu’il est posé, nous montrant par ailleurs des motifs qui valent bien le coup d’œil. Seuls les papillons en vol offriront un petit clin d’œil bleuté à l’observateur.

Argus bleu, ou Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus)
Argus bleu, ou Azuré de la Bugrane (Polyommatus icarus)


Des cabrioles à chaque pas


Pour observer les criquets, il faut avoir l’œil… ou les déranger ! Car ces insectes sont des maîtres en matière de camouflage. Voyez plutôt l’éclat vert de cette espèce qui se pose sur une feuille de la même couleur, ou encore l’apparence tout à fait similaire à la terre séchée de cette autre espèce observée au sol ! Déterminer les espèces de criquet est une science subtile : les individus passent par plusieurs stades larvaires au cours de leur vie – on parle de nymphes – stades qui ne sont ni tout à fait différents, ni tout à fait identiques aux adultes !

Nymphe de criquet égyptien (Anacridium aegyptium)
Criquet de la sous-famille des Oedipodinae, espèce indéterminée
Criquet (orthoptère), espèce indéterminée
Criquet (orthoptère), espèce indéterminée
Criquet (orthoptère), espèce indéterminée


D’autres insectes en pagaille


Bien sûr, des dizaines d’autres espèces qui n’appartiennent pas aux groupes cités ci-dessus sont également observables en Camargue. Parfois, le contraste entre la couleur de leur corps et celle de leur environnement est si saisissant que l’observateur n’a aucun mal à les repérer, à l’instar de ces punaises qui avaient l’air bien occupées. D’autre fois, on se demande si on a bien affaire à une bestiole et pas une simple excroissance de la végétation !

Couple de graphosomes d'Italie, ou punaises arlequin (Graphosoma italicum)
Ce drôle d’insecte appartient aux hémiptères (Cicadomorpha ou Fulgoromorpha)


Plus de pattes


Les insectes ne sont pas les seules petites bêtes que l’on trouve en Camargue. Quoique classifier de « petites bêtes » les deux espèces représentées ci-dessous n’est peut-être pas l’adjectif le plus approprié. Le corps des argiopes lobées femelles peut dépasser deux cm. Plantées au milieu de toiles qui peuvent atteindre 1,5 m de diamètre, il est heureusement difficile de les louper ! D’autant qu’elles s’entendent plutôt bien entre voisines : celles que j’ai photographiées faisaient partie d’un grand quartier de toiles, des dizaines d’individus bien alignés entre chaque buisson. Les toiles sont particulièrement solides, et heureusement ! Car le vent a vite fait des les faire bouger de plusieurs dizaines de centimètres. Attention donc à ne pas approcher l’appareil trop près lorsque vous les prenez en photo !

Argiope lobée (Argiope lobata)
Argiope lobée (Argiope lobata)


Avec un peu plus de pattes, je vous présente la scutigère ! Peut-être plus effrayante que les araignées, cette espèce s’observe en général la nuit et… à l’intérieur des maisons ! Celle-ci était dans ma chambre… Fortes de leurs quinzaines de paires de pattes à l’âge adulte, ces prédatrices courent à une vitesse impressionnante (d’où leur nom « véloce »), et attaquent leurs proies à grand renfort de venin.

Scutigère véloce (Scutigera coleoptrata)



Quelques vertébrés…


J’avoue, j’ai fait la part belle aux petites bêtes. Les vertébrés ne sont pourtant pas en reste. Chauve-souris, lézards, grenouilles, geckos, rongeurs, serpents, renards, sangliers, tortues… Il y en a du monde ! Sans oublier les grandes stars, ces animaux sans qui la Camargue ne serait pas la Camargue : taureaux et chevaux typiques de la région, et surtout des oiseaux par milliers ! Des plus discrets aux plus chatoyants, de toutes les couleurs et de toutes les formes, de passage ou résidents permanents, ce sont près de 400 espèces d’oiseaux, par dizaines de milliers, qui peuplent ces terres accueillantes. Mes préférés ? Si vous vous demandez, c’est que vous n’êtes pas coutumier de ce blog ! Allez, la réponse plus bas pour continuer la découverte de ma belle Camargue !

Lézard des murailles (Podarcis muralis)
Cheval camarguais accompagné d’un héron garde-bœufs (Bubulcus ibis)



Mes autres articles sur un des emblèmes de la Camargue :


Et la première partie des mes nouvelles aventures en Camargue :




lundi 3 septembre 2018

Camargue requiem - Partie 1 : L’aventure des chantiers bénévoles de la réserve

Il est 23h. La nuit noire est déchirée par des éclairs diffus, le tonnerre gronde au loin. Derrière mon volant, je ne peux réprimer un sourire : cinq ans après ma dernière visite, c’est la Camargue qui m’accueille, à sa façon !




L’aventure dans laquelle je m’embarque est bien différente de la dernière fois. S’il fallait être VIP pour participer au baguage des jeunes flamants, dont je vous contais le récit à l’époque, tout le monde est cette fois invité, et même encouragé, à participer à ces vacances améliorées et utiles que sont les chantiers bénévoles !

En Camargue, la SNPN (Société nationale de protection de la nature) organise chaque année des chantiers ouverts à ses adhérents au cours desquels les bénévoles s’attèlent à différents travaux. Le descriptif est succinct, mais difficile d’y résister : deux semaines au cœur de la réserve, des matinées de travail pour des après-midis de découvertes de la région à travers de multiples activités, un logement en gîte avec les autres bénévoles… tout ça pour une quarantaine d’euros d’adhésion et frais de dossier, trente pour les étudiants ! En termes de vacances utiles, on ne fait pas mieux. C’est donc sans savoir exactement à quoi m’attendre que je suis repartie sur ces terres déjà chargées de mes souvenirs de jeunesse.

Lundi matin, 8h30. J’arrive au gîte de Salin de Badon. Je découvre une grande bâtisse perdue en pleine campagne. Quelques bénévoles sont arrivés la veille, on sympathise rapidement. On sera une dizaine à vivre ici pour les deux prochaines semaines. Les encadrants arrivent également, des personnes qui travaillent sur place toute l’année. Le briefing nous met rapidement dans l’ambiance : décontractée ! Pas de chichis, on se tutoie, les blagues sont de rigueurs.




Le gîte de Salin de Badon, lieu de vie des bénévoles


Le dur labeur des bénévoles


Le soleil tape déjà très fort – canicule oblige – quand nous partons sur le terrain. Au programme, pose de ganivelles le long des chemins de la réserve. Il s’agit de dissuader les promeneurs d’aller piétiner la flore si typique des milieux humides camarguais. La salicorne, c’est sacré ! Le travail est physique, on creuse des trous avec des gravières, on plante des piquets, on les encoche pour y poser des renforts, on déroule les ganivelles que l’on attache solidement au tout après leur avoir donné de bons coups de masse… La récompense après quelques heures : la plage, au bout du chemin ! A peine les outils posés, on s’y précipite tous de bon cœur. Je profite du chemin du retour pour enliser la voiture de la réserve dans le sable. Sinon on aurait pu s’ennuyer !

Ganivelles en cours de montage au cœur de la réserve, à quelques pas du phare de la Gacholle


Si les ganivelles nous occupent une bonne partie du séjour, plusieurs matinées sont consacrées à d’autres travaux. Celui qui nous laissera le plus vif souvenir, c’est sans doute l’arrachage de la jussie. En dépit de son nom flatteur, référence au botaniste français Bernard de Jussieu, cette plante aquatique du genre Ludwigia est un fléau. Envahissante, elle se multiplie rapidement et jusqu’à envahir littéralement les zones aquatiques. Pour s’en débarrasser, il faut se jeter à l’eau. Munis de wadders (vous savez, ces grandes bottes qui montent jusque sous les bras et qui ont le don de vous dépouiller instantanément de toute grâce), appuyés sur une barque (même pas pour nous la barque ! c’est pour y mettre la jussie !), nous pénétrons dans la roubine. Qui n’a pas été dans une roubine ne peut pas comprendre… Il s’agit d’un petit canal, environ 2m de large, dont l’eau est pour ainsi dire stagnante. D’ailleurs, il n’est rempli qu’à 40% d’eau (partie haute), les 60% restant étant constitués de vase. Vase qui fait des bulles quand on marche dedans. Du moins quand on tente de marcher, car sitôt le pied posé, celui-ci est immédiatement capturé par la chose, emprisonné avec une force insoupçonnée. Force est d’avouer, au début, on panique ! Tout plantés que l’on est au milieu de la roubine, on voit déjà nos dernières heures arriver par une noyade inévitable dans une eau fétide. Ha oui, je n’ai pas précisé, les bulles qui sortent de la vase, ce ne sont pas des bulles de savon parfumées à la rose. Non, non. C’est autre chose. Tu mémorises le truc le plus puant que tu aies senti ? C’est pire. Bref, passé le cap de la panique et du dégoût, on y prend goût ! Hop on arrache des poignées de plantes, on te balance ça dans la barque, on se prend au passage des éclaboussures de vase (les racines sont profondes !), on en a plein les cheveux, plein le visage… Avantage n°1 : c’est finalement très drôle ! Avantage n°2 : quand on se prend l’averse du siècle sur la tête juste après être sortis de la roubine, on est contents d’être rincés !


L'impitoyable jussie ! (Crédits : Philweb)


Dernier grand chantier auquel nous avons participé : la création d’un observatoire, une plateforme située le long de la route et depuis laquelle les curieux pourront observer la magnifique faune du plus vaste étang de Camargue : le Vaccarès. Avec ses 12 km de long et ses 6 500 hectares, il constitue un lieu incontournable pour nombre d’oiseaux, y compris les flamants roses. Un des grands avantages des chantiers bénévoles à mon sens réside dans la façon dont sont considérés les bénévoles. Si nous venons apporter nos petites mains, nous repartons aussi avec de l’expérience en plus. Les encadrants ont en effet à cœur de nous faire tester par nous même les outils, les techniques, même si ça veut parfois dire perdre un peu de temps. Un stage de bricolage pour débutants !


N'est-il pas magnifique notre observatoire ?
Il manque encore la rampe d'accès et les barrières de sécurité et il sera parfait !


Après l’effort, le réconfort !


Pendant les chantiers, les bénévoles ne travaillent que le matin. Ce qui laisse pas mal de temps pour vaquer à d’autres occupations. Manger par exemple ! Le gîte est fourni, mais les bénévoles s’occupent de leur popotte. On s’organise comme en colonie : des menus prévus à l’avance, des courses pour tout le monde et un planning pour la semaine avec des commis de cuisine et de vaisselle pour chaque jour. Le temps de rentrer du terrain, de cuisiner et de manger, il est souvent 15h passé. Rebelotte pour le soir avec des diners aux alentours de 22h ! Horaires de vacances en somme. Il faut dire que s’il n’y avait pas un réveil le matin, on s’y croirait…

Plusieurs activités sont prévues par la SNPN, et offertes aux bénévoles. Au programme, une visite d’Arles et ses monuments accompagnés par une guide rien que pour nous, une balade à cheval version camarguaise (cheval camarguais, selle camarguaise, paysages camarguais au milieu de taureaux camarguais), la visite d’une expo naturaliste à la Capelière (le centre d’informations de la SNPN) et une sortie naturaliste pour observer les oiseaux. Sans compter les activités qu’on s’organise nous-même : marché à Arles, après-midi plage, joutes nautiques, courses camarguaises dans les arènes, et bien sûr des balades dans la réserve. Le gîte constitue le point de départ de trois sentiers naturalistes agrémentés d’observatoires, autant dire qu’il y a de quoi profiter ! Pour les mordus d’ornithologie comme pour les amoureux des petites bêtes, la Camargue c’est un peu le paradis. Je vous en donnerai un petit aperçu dans mon prochain article !


A cheval, nous voyons arriver le troupeau de taureaux. Pas peur !


Au bout d'un chemin accessible depuis notre gîte, un observatoire


Les deux semaines sont trop vite écoulées, et il est déjà temps de repartir. Bronzés, musclés, les poumons remplis d’air frais, l’appareil photo bien garni et des souvenirs plein la tête, on se dit qu’on reviendrait bien l’année prochaine pour remettre ça !





Quelques prérequis indispensables si vous souhaitez vous lancer l’année prochaine :

  • Il est préférable d’aimer la nature. Toute la nature. Y compris les moustiques, les taons, ou encore les chauves-souris dont le niveau sonore est inversement proportionnel à leur taille et qui ont élu domicile derrière les volets des chambres…
  • Il faut savoir se satisfaire du nécessaire. Un peu d’eau fraiche… seulement si on n’a pas oublié de remplir les bidons avec de l’eau potable, à quelques kilomètres du gîte ! Internet, le réseau téléphonique et toutes ces autres futilités, c’est au petit bonheur la chance. 
  • Ne pas avoir peur de se salir. Et accepter de ne pas sentir la rose après la douche. L’eau courante vient de la roubine, celle-là même dont je parlais plus haut (en témoigne son odeur ! N’essayez pas de vous rincer la bouche avec après vous être lavé les dents ! Regrets immédiats…), mais l’odeur s’équilibre bien avec celle du savon en général. 
  • Aimer les gens. Eh bien oui, même si on est à des kilomètres de la ville la plus proche, il va bien falloir supporter les autres bénévoles. Y compris leurs ronchonnements au réveil, leur réticence à faire la vaisselle, leurs préférences alimentaires qui contraignent les menus, et leur humour qui varie à mesure que le soleil tape ! 
  • Ne pas craindre les grands espaces. La Camargue, c’est immense, et très plat. Vision panoramique garantie à des kilomètres à la ronde, de quoi se sentir tout petit !


Les risques à accepter si vous décidez quand même de vous lancer :

  • Gros risque d’émerveillement quant à la foisonnante biodiversité de la Camargue et ses paysages magnifiques. Sensation immédiate de liberté au milieu de ces espaces immenses. Des oiseaux et des insectes à n’en plus savoir donner de la tête. Retour difficile en perspective
  • Changements physiques à prévoir : risque certain de revenir avec une surcharge musculaire et une légère coloration dorée de la peau (un conseil pour bien s’en rendre compte : prévoir de porter le même short plusieurs jours d’affilé les jours de grand beau temps. Effet jambes bicolores garanti !)
  • Des fous-rires pour des broutilles (le soleil tape !), de la bonne humeur, des rencontres avec des personnes passionnées, du partage entre les bénévoles venus de tous horizons… Il y a le risque d’apprendre à cuisiner de l’houmous ou de la ratatouille, de découvrir des styles de musique dont tu ne soupçonnais pas l’existence, d’échanger des astuces et bons plans sur un tas de choses…
  • L’envie irrépressible de remettre ça pour une nouvelle année !



Pour plus d’informations :


La suite de mes aventures en Camargue :





mercredi 4 avril 2018

Des parasites sous le sapin : deux livres à dévorer

Nous autres, blogueurs scientifiques, avons à cœur de partager des sujets qui nous passionnent mais qui apparaissent parfois au grand public comme ennuyeux, compliqués, voir peu ragoutants. Notre outil : la vulgarisation ! Ou l’art de rendre ces sujets ludiques, amusants et divertissants, en diffusant nos connaissances sans que ça n’en ait l’air. Mais parfois, on croise des petites œuvres de vulgarisation qui racontent si bien des sujets qui nous tiennent à cœur qu’on a juste envie de les partager tels quels. C’est le cas de ce petit livre que j’ai déniché à la bibliothèque : « La vie rêvée des morpions et autres histoires de parasites ». Forcément, un livre qui parle de parasites, il fallait que je l’ouvre.

Quoi de moins répugnant que des parasites suceurs de sang, des morpions qui grattent là où c’est indécent de se gratter, ou des vers solitaires qui squattent nos entrailles ? Pourtant l’auteur nous mitraille de petites anecdotes désopilantes et parfois stupéfiantes. De quoi voir notre condition d’être humain avec un peu plus d’humilité. Car il se pourrait bien que les parasites et autres petites bêtes soient bien plus liés aux humains et à leur histoire qu’on ne l’admet.

Par exemple, la perte des poils de nos ancêtres n’était-elle pas un prétexte de l’évolution pour nous débarrasser d’une myriade de squatteurs ? Certains grands conflits historiques n’auraient-ils pas eu une issue différente si une des armées n’avait pas été décimée par des parasites ? Saviez-vous que le surnom « Peaux-Rouges » des Indiens d’Amériques doit son origine aux moustiques ? Ou que la mode des selfies… aide à la propagation des poux ? Entres autres histoires de fourmis esclavagistes ou moustiques raquetteurs, ce livre permet à petits et grands d’apprendre un tas de choses sur ce monde formidable des parasites, de manière très accessible et illustré avec brio.



Pour les plus grands, un autre livre lui aussi paru cette année permet de découvrir avec délice mes parasites préférés, les parasites manipulateurs. Le livre « This is your brain on parasites » est déjà listé comme best-seller par une célèbre plateforme de vente en ligne. L’auteur ne s’est pas contenté de résumer les connaissances sur le sujet, elle a passé plusieurs années à préparer l’ouvrage, rencontrant beaucoup de chercheurs du domaine. Le livre a du coup une grande dimension humaine, avec l’histoire des découvertes de ces êtres étranges et des portraits plein de vie de ceux qui y ont contribué. Les faits scientifiques sont racontés avec une légèreté et un style qui n’enlèvent rien à leur exactitude.

L’auteur nous dévoile enfin la vérité, toute la vérité sur Toxoplasma gondii, ce parasite supposé nous faire aimer les chats, à grand renfort de références. Elle nous présente de nombreuses maladies sous un jour nouveau : parasites et pathogènes ne sont plus agents passifs déclencheurs de calomnies mais acteurs usant de stratégies subtiles et élaborées. Et surtout elle rétablie la place des parasites dans les écosystèmes naturels… et dans nos sociétés humaines. En décrivant leurs effets innombrables, on peut enfin toucher du doigt l’importance insoupçonnée de leur présence. Une importance qui fait frissonner.

L’ouvrage n’est pour l’instant disponible qu’en anglais, mais pour ceux qui comprennent la langue il reste très facile à lire puisqu’il vise le grand public. Il fait partie de ces livres qui font un peu peur au premier abord – de la science, un petit pavé et pas d’images – et qui se dévorent avant que l’on puisse s’en rendre compte. De l’humour, des anecdotes à croquer un peu partout, des faits qui nous laissent sans voix… En bref, si vous n’avez pas encore fini votre liste de noël, vous savez quoi ajouter !


Références


« La vie rêvée des morpions : Et autres histoires de parasites » de Marc Giraud (Auteur), Roland Garrigue (Illustrations). Edition Delachaux et Niestlé, Collection : L'humour est dans le pré. 2016.

« This is your brain on parasites: How tiny creatures manipulate our behavior and shape society », de Kathleen McAuliffe. Edition Houghton Mifflin Harcourt. 2016.



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